De la dépendance à la résilience : accélérer les projets d’édification du Canada grâce à une gestion proactive des risques

Par Randy McMeekin Lise Bouchard Jordan Matte and Moe Roghabadi|Le 19 novembre 2025

L’une des principales missions du nouveau gouvernement du Canada’ est d’accélérer les grands projets nationaux. Le budget fédéral récemment annoncé prévoit des investissements de 115,2 milliards de dollars dans les infrastructures au cours des cinq prochaines années[1]. Il s’agit notamment d’accélérer les initiatives d’édification du pays dans des secteurs comme le commerce et le transport, les infrastructures publiques,— y compris les routes, les ponts, les réseaux d’alimentation en eau et le transport en commun,— et d’autres secteurs essentiels. C’est’ un investissement générationnel visant à protéger et à transformer les industries, à renforcer l’économie et à habiliter la population canadienne.

Figure 1 : Dépenses fédérales à venir en infrastructure – Horizon de 5 ans (milliards de dollars, cumul), budget 2025 – Canada Strong

Toutefois, les recherches indiquent que l’accélération de ces grands projets complexes et interdépendants pose des défis importants, surtout dans un monde de plus en plus incertain.’ Dans le cadre de la stratégie de traitement des risques, le gouvernement a récemment mis sur pied le Bureau des grands projets afin de simplifier les processus fédéraux d’examen et d’approbation et de renforcer la confiance dans l’exécution réussie des projets. Cette approche proactive d’atténuation des risques devrait réduire l’incidence des risques liés à l’obtention de permis et à l’approbation, qui figurent souvent parmi les principales expositions dans les registres de risques de la plupart des projets d’édification du pays. Toutefois, malgré cette mesure d’atténuation, de nombreux risques continuent de menacer la planification et de l’exécution de ces initiatives. Les sections suivantes présenteront des renseignements fondés sur des données sur la pénurie de main-d’œuvre qualifiée au Canada et des solutions novatrices pour combler cette lacune importante.’

Pensée systémique fondée sur le risque : comprendre la nature dynamique des projets et l’interdépendance des risques

Du point de vue des systèmes, les projets ont un comportement dynamique, comportant de multiples risques qui interagissent entre eux et dépendent les uns des autres. La réussite d’un projet repose en grande partie sur la compréhension des interdépendances des risques au sein du projet élargi, où un risque peut en déclencher ou en amplifier d’autres. Dans ce genre de situations, l’atténuation d’un seul risque peut ne pas réduire efficacement le profil de risque global.

Par exemple, la figure ci-dessous illustre une visualisation de la modélisation de l’interdépendance des risques dans un exemple de projet RPI, à partir d’une étude menée par l’Université Tsinghua[3]. D’un point de vue systémique, la prise en compte des risques au niveau individuel (p. ex. r20) sans tenir compte de son influence sur d’autres risques interreliés (r17, r21, r23, r27, r26) au sein du réseau de risques global pourrait ne pas être efficace et ne pas réduire le profil de risque global du projet.’ Pour réduire considérablement l’exposition aux risques du projet, des stratégies d’atténuation doivent être appliquées à l’échelle du réseau plutôt que de cibler les risques de façon isolée.

Risk propagation

Figure 2 : Réseau d’intendance du risque, Su, Guiliang et coll. (2021)

À l’heure actuelle, l’un des principaux risques qui menacent la réussite des projets d’infrastructure au Canada est la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans l’industrie de la construction. Un risque « parent » (un risque général de haut niveau qui peut entraîner des risques « enfants » plus précis), interrelié à de nombreux autres risques « enfants ». Dans le reste de ce billet de blogue, nous ’nous concentrerons sur une étude fondée sur des données probantes sur les pénuries de main-d’œuvre dans le secteur canadien de la construction’ et proposerons des mesures d’atténuation fondées sur les recherches.

Pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans l’industrie canadienne de la construction

La pénurie de main-d’œuvre dans le secteur de la construction est structurelle. Comme le montre la figure ci-dessous, une récente étude universitaire menée conjointement par l’Université de la Colombie-Britannique et l’Université de Calgary prévoit un déficit de plus de 30 000 travailleurs d’ici 2027, à moins que l’industrie de la construction au Canada prenne des mesures proactives[4].— Comme l’indique le rapport, la demande de main-d’œuvre dans le secteur de la construction devrait augmenter d’environ 18 700 travailleurs d’ici 2027. Au cours de cette période, on prévoit qu’environ 156 000 personnes prendront leur retraite. Même si les tendances actuelles en matière de recrutement pourraient attirer environ 142 800 nouveaux travailleurs, l’industrie devrait tout de même connaître un déficit d’environ 31 800 travailleurs.

On craint que ce déficit reflète un scénario optimiste, compte tenu de l’hypothèse d’un recrutement réussi pour tous les postes requis et de l’absence d’expansion dans les infrastructures. Les deux hypothèses, qui semblent toutes deux être en péril compte tenu des récentes annonces gouvernementales visant à accélérer les grands projets nationaux, seront conjuguées aux risques géopolitiques.

Quelle est donc la voie à suivre et comment l’industrie de la construction, en collaboration avec le gouvernement, peut-elle harmoniser ses efforts pour relever ce défi multidimensionnel, façonné par des facteurs complexes interreliés?

expected fluctuations

Figure 3 : Fluctuations prévues de la main-d’œuvre canadienne de la construction, Kumarage, Nipun et coll. (2024)

Accomplir plus avec moins : accroître la productivité pour contrer la pénurie de main-d’œuvre qualifiée

Chez Hatch, nous croyons qu’en collaborant avec nos partenaires et nos clients, nous pouvons susciter des changements positifs dans l’industrie afin d’accomplir plus avec moins de ressources, tout en atténuant la pression liée à la pénurie de main-d’œuvre. Bien qu’il existe de nombreuses solutions pour s’attaquer aux pénuries de main-d’œuvre qualifiée au Canada, nos conversations continues avec nos clients indiquent systématiquement qu’une approche est la plus efficace et efficiente : accroître la productivité du travail pour compenser la baisse naturelle de la disponibilité des ressources.

La productivité de la main-d’œuvre est souvent le plus grand facteur de risque et une source importante d’incertitude quant aux coûts et au calendrier, tant pour les propriétaires que pour les entrepreneurs. Selon une recherche menée par le CII, la productivité moyenne de la main-d’œuvre professionnelle au Canada, dans la plupart des métiers, oscille autour de 50 % au mieux. Cela concorde avec la norme AACE 22R-01. Une analyse de 10 003 observations avec la technique d’échantillonnage des travaux pendant la phase de construction a révélé que seulement 49 % des heures de travail étaient productives pour des activités pratiques, tandis que les 51 % restants concernaient des tâches non productives et des temps d’arrêt[5]. La figure 4 illustre la contribution de chaque catégorie et met en évidence les points à améliorer.

La réduction du ratio du nombre d’heures non productives par rapport au nombre d’heures productives est une étape fondamentale pour remédier aux pénuries de main-d’œuvre et assurer la réussite des projets d’édification du pays. Ce doit être une stratégie clé d’atténuation des risques et un domaine d’intérêt principal pour le gouvernement et l’industrie en général.

Example chat of labour hour utilization

Figure 4 : Exemple de tableau d’utilisation des heures de travail par catégorie de travail avec pourcentage observé réel, comme pour un rapport quotidien (AACE 22R-01)

Voici une liste des mesures recommandées pour stimuler la productivité dans l’industrie de la construction. Ensemble, nous nous intéressons à ces domaines dans les prochains billets de blogue.

  • Stratégies de modularisation et de préassemblage pour réduire le nombre de personnes requises sur nos chantiers.
  • Solutions numériques d’exécution de projets, y compris simulation de construction 4D, gestion avancée des matériaux et logistique.
  • Automatisation et optimisation des tâches (AQ/CQ, santé et sécurité, mesure de l’avancement des travaux).
  • Peaufiner les cadres d’approvisionnement pour récompenser les modèles de prestation de services qui intègrent l’expertise mondiale tout en maintenant un contrôle local.

Prochaines ’étapes : La série sur le travail

La série sur le travail présentera des approches novatrices fondées sur les données pour stimuler la productivité au travail, réduire la variabilité des coûts et des échéanciers et améliorer la prévisibilité. Les spécialistes de Hatch’ exploreront les pratiques exemplaires d’exécution de projets conçues pour améliorer la productivité et obtenir des résultats plus rentables.

Références :

[1] Budget 2025 – Canada Strong

[2] La COVID-19 au Canada : Le point sur la modélisation – Canada.ca

[3] Risk Sharing Strategies for IPD Projects: Interactional Analysis of Participants’ Decision-Making | Journal of Management in Engineering | Vol 37, No 1

[4] Strategies to alleviate Canada’s impending construction labour shortage: a critical review

[5] 22R-01: Direct Labor Productivity Measurement - As Applied in Construction and Major Maintenance Projects

Jordan Matte

Directeur mondial, Relations gouvernementales

Jordan dirige les efforts de Hatch en matière de relations gouvernementales à l’échelle mondiale. Il met à profit sa vaste expérience acquise dans des secteurs locaux et internationaux; il occupait jusqu’à tout récemment le poste de conseiller principal en ressources naturelles au bureau du premier ministre du Québec. Jordan aide Hatch à évoluer dans un contexte géopolitique changeant et dans des contextes stratégiques complexes. Il joue un rôle de premier plan dans la poursuite de projets parrainés par le gouvernement, établit des relations à long terme avec des partenaires gouvernementaux à l’échelle mondiale et nous aide à mieux tirer parti des services gouvernementaux, comme les délégués commerciaux et les organismes subventionnaires. Avant de travailler au gouvernement, Jordan était vice-président chez Teneo, une société de services-conseils en stratégie mondiale. Il a auparavant été conseiller en politique économique pour le chef de l’opposition officielle.

Lise Bouchard

Directrice générale, Gestion de projets et excellence en construction

Lise est une ingénieure possédant plus de 25 années d’expérience en gestion et en contrôles de projets, la plupart en exécution de projets de plusieurs milliards de dollars dans les secteurs des mines, des métaux et des infrastructures. Elle a travaillé pendant plus de 15 ans à la supervision de différentes phases de projets et stratégies d’exécution, y compris dans un environnement de coentreprise. Elle met son expertise à profit pour maintenir Hatch à la fine pointe de l’excellence technique et de l’excellence en matière d’exécution.

Moe Roghabadi

Directeur mondial, Solutions de gestion des risques

Moe Roghabadi est Directeur mondial, Solutions de gestion des risques chez Hatch. Il dirige le développement des meilleures compétences de gestion des risques de sa catégorie. Fort de plus de 15 ans d’expérience en recherche et sur le terrain, il facilite la prise de décisions éclairées pour des projets d’envergure dans les domaines des infrastructures, des mines et de l’énergie. Son expertise couvre les modèles de prestation de services, y compris le partenariat public-privé, IAGC, les alliances et la conception-construction progressive. Moe est titulaire d’un doctorat en génie de la construction et en gestion. Il est vice-président de l’Association for the Advancement of Cost Engineering (AACE) de Toronto et membre affilié du Centre for Innovation in Construction and Infrastructure Engineering and Management (CICIEM) de l’Université Concordia.

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