Chaque année, les décisions concernant le lieu de résidence, de visite ou d’investissement influent sur des sommes pharaoniques dans les domaines des investissements mondiaux et du tourisme. Lorsque vous planifiez votre temps libre, qu’est-ce qui vous fait choisir de visiter une ville plutôt qu’une autre? Ce peut être une nouvelle chaîne de restaurants que vous suivez sur les réseaux sociaux, ou encore l’ouverture d’un parc d’attractions ou d’un musée. Si vous êtes PDG, vous cherchez probablement à établir votre prochaine initiative à succès dans un lieu ayant accès aux plus brillants esprits, qui, nous le savons, choisissent de plus en plus de déposer leurs pénates dans une ville dont ils aiment le mode de vie et les attraits culturels.’ Comme on le constate, l’économie de l’expérience devient rapidement l’atout phare d’une ville : elle teinte la perception de sa marque à l’étranger, et attire du capital humain et financier.
Sous l’impulsion des tendances mondiales et même de notre propre travail dans le quartier West End de Londres, on note une volonté marquée de s’éloigner d’une petite sélection d’activités nocturnes arrosées par l’alcool au profit d’expériences plus variées, inclusives et immersives.’ Les bars et les boîtes de nuit ne sont désormais qu’une option parmi une foule de choix à faible (ou sans) consommation d’alcool qui mettent plutôt l’accent sur l’expérience et la connexion. Jeux interactifs en personne, jeux d’évasion, festivals de rue ou théâtre... l’économie de l’expérience s’étend sur un spectre de plus en plus large.
Le fil conducteur? Ces activités encouragent toutes les interactions sociales en personne. L’alcool peut faire partie de l’expérience, mais il n’est plus le clou de la soirée.

Bien qu’il s’agisse d’un facteur-clé de la croissance, l’économie de l’expérience est aux prises avec de grands défis.
L’ambition est freinée par le manque de collaboration avec l’industrie et de diligence raisonnable. Des décideurs bien intentionnés peuvent encourager ou même imposer des usages culturels, mais pour que leur politique porte ses fruits, ils doivent collaborer avec les promoteurs afin de cerner ce qui distinguerait l’économie d’expérience de leur localité, d’évaluer la capacité des partenaires locaux à répondre à la demande et d’établir la façon dont le cadre réglementaire peut favoriser plutôt que limiter la croissance du secteur.
Nos récents travaux pour la Heart of London Business Alliance (HOLBA) ont montré que la fréquentation du West End demeure inférieure aux niveaux d’avant la COVID-19, mais que les escapades de fin de semaine et les visiteurs internationaux ont alimenté la reprise, ce qui suggère que les expériences ont le pouvoir de renforcer la résilience de Londres et son image de destination de choix à l’international.
Qu’est-ce qui explique que ce quartier attire et stimule l’innovation mondiale dans l’économie expérientielle? Peut-être que la densité et la diversité des expériences dans une petite zone géographique permettent une certaine résilience et offrent un niveau de certitude aux consommateurs dont les attentes sont de plus en plus variées et sans cesse croissantes. Théâtres, restaurants et monuments culturels côtoient les arcades de réalité virtuelle et les jeux immersifs. Pour les visiteurs, cette concentration d’options réduit les risques d’investir temps et argent dans le quartier : ils sont assurés de trouver une série d’expériences qui permettront à tous les membres de leur groupe de vivre des moments mémorables. Tel un cercle vertueux, la densité et la diversité des options attirent suffisamment de visiteurs pour que les promoteurs considèrent le West End comme un banc d’essai viable pour de nouveaux concepts. Ainsi est née une grappe de l’économie de l’expérience.
La City, haut-lieu des finances, du droit et des affaires, présente une offre culturelle totalement différente. On y trouve des bijoux culturels : archives, bibliothèques, églises, bâtiments historiques; mais moins d’occasions de production ou de consommation culturelle (sur le plan expérientiel).
La City of London Corporation veut changer cela et souhaite animer les espaces après les heures de bureau. Diverses politiques encouragent maintenant les promoteurs à enrichir leurs demandes d’urbanisme de plans culturels indiquant comment leur projet appuiera et bonifiera l’offre culturelle de la City.’ Les pratiques exemplaires veulent que l’on s’appuie sur des données probantes pour évaluer les biens culturels actuels de la région, saisir l’histoire et le contexte uniques d’un lieu, et définir de façon créative des offres culturelles qui célèbrent avec authenticité les partenaires locaux et différencient l’offre de développement.

Les villes qui veulent prospérer ne peuvent pas se permettre de reléguer les loisirs et la culture au second plan. Voici cinq façons dont les urbanistes peuvent s’adapter à la croissance de l’économie de l’expérience :
Temps et argent ne se dépensent plus comme avant. Les gens veulent vivre des expériences communes, créer des liens.
Pour puiser dans cette énergie, les planificateurs urbains doivent pousser plus loin la réflexion, accepter la complexité de l’économie expérientielle et faire de son succès à long terme une priorité stratégique.
C’est l’expérience qui incite les gens à vivre, à travailler et à se divertir en ville. C’est donc un secteur essentiel à la prospérité. Ainsi, un espace public bien pensé, qui fait place à la culture, nous rappelle que même s’il ne s’agit pas du secteur le plus « productif », il pourrait tout simplement être le plus important.